Motivation interne

Motivation tip #12

Motivation interne
La quête du sens

Dans les "Tips" précédents, j'ai évoqué les motivations intrinsèque et extrinsèque (regroupant motivation externe et interne).

Dans la motivation interne, il y a encore des distinctions.
Encore ? Mais pourquoi ?
Parce que les conséquences en termes de persévérance, performance, implication engagée et bien-être sont très différentes.

La SDT distingue trois types de motivation interne :

  • L' "introjection" :    
    lorsqu'on est motivé par le regard qu'on pourrait prêter aux autres, regard qui a des effets en termes de fierté, honte, conformité aux normes, statut, image, bref, une sorte d'"estime-de-moi" vue à travers ce qu'on imagine du regard des autres ou octroyée par un "moi" normatif.

    ex : Je m'abstiens de jeter un emballage dans la rue. Pourquoi ? Ça ne se fait pas de jeter, ça me gêne de le faire.

  • L' "adhésion" (ou identification) :    
    lorsque on reconnaît la valeur et l'utilité d'une action, de ses conséquences : on trouve du sens à cette action, il y a une adhésion au résultat désiré, une adhésion à des valeurs personnelles (pas seulement sociales).

    ex : M'abstenir de jeter l'emballage est respectueux vis-à-vis des usagers de la rue, des personnes qui en font l'entretien. Ce respect fait partie de mes valeurs personnelles, j'y adhère.

  • L' "intégration" :
    lorsque non seulement on adhère à la valeur de l'action ou de ses conséquences (l'action a du sens), mais en plus lorsque cette action s'intègre à l'ensemble de ses valeurs personnelles, il y a résonance entre l'action et soi-même, cohérence profonde avec sa raison d'être, sa vocation, l'intégralité de sa personne.

    ex : Pour moi, créer du bonheur et de la vitalité autour de moi est fondamental. Conserver l'emballage contribue à la beauté et au confort de la rue, c'est un petit geste en résonance profonde avec mon objectif de vie.

Les conséquences de ces motivations internes sont nuancées.

Veut-on une persévérance, une implication engagée ? 
On peut l'obtenir "à la dure" (introjection : je me dois d'y arriver), ou de façon plus harmonieuse (intégration : je fais ce que je suis).

Veut-on une action de qualité, performante, générant du bien-être ? 
On l'obtiendra en étant cohérent avec soi-même, en ayant conscience du sens de son agir (adhésion, intégration).
Mais on ne l'obtiendra pas forcément avec une motivation introjectée.

L'introjection n'est pas mauvaise en soi (ça dépend des personnalités, des situations), mais elle est liée à une sorte de conflit entre ce qu'on choisit et ce qu'on voudrait vraiment, et à la longue cette incohérence génère du mal-être.

Dans "Cyrano", de Edmond Rostand, le personnage du Duc le reconnaît :
    Voyez-vous, lorsqu’on a trop réussi sa vie,
    On sent, — n’ayant rien fait, mon Dieu, de vraiment mal ! —
    Mille petits dégoûts de soi, dont le total
    Ne fait pas un remords, mais une gêne obscure ;
    Et les manteaux de duc traînent dans leur fourrure,
    Pendant que des grandeurs on monte les degrés,
    Un bruit d’illusions sèches et de regrets ...

Mise en pratique #12

Dans cette mise en pratique, j'explore comment diminuer l'intensité de la motivation introjectée.

L'inconvénient de la motivation introjectée est que, même motivante, elle génère un conflit intérieur entre ce qu'on veut vraiment et ce qu'on choisit. Conflit donc stress et à la longue, mal-être.

Comment faire avec ça ?

L'introjection est souvent mise en place à partir de règles extérieures, explicites ou implicites, à une certaine époque de la vie (ex : enfance).
C'était pertinent à l'époque, ce ne l'est plus forcément aujourd'hui.

L'idée est donc de revisiter les valeurs sous-tendues par les facteurs de motivation introjectée.
Aujourd'hui, après réflexion, est-ce que j'y adhère, ou non. Est-ce j'adhère à leur conséquences, ou non.

Ensuite, il s'agit d'ajuster l'environnement pour vivre de façon cohérente avec ces valeurs actualisées.
Au-delà de l'enjeu de motivation, il y a un enjeu d'autonomie (vouloir ce qu'on fait) et de bien-être.

Exemple : la suradaptation.

Pour être accepté par un groupe, j'ai tendance à me conformer à ses valeurs. Mais elles peuvent être dissonantes avec les miennes. Alors je peux choisir de les afficher, de les vivre, sans vraiment y adhérer du fond de l'être, ou en étant mal à l'aise avec elles. Début de conflit intérieur.

L'adaptation, souhaitable pour vivre en société, peut se muer en sur-adaptation et franc mal-être si elle devient un comportement chronique.

Ce mécanisme a pu être mis en place dans le passé pour des enjeux importants voire vitaux (ex : recevoir l'affection des parents), mais est-il encore pertinent aujourd'hui ? Doit-on forcément adopter les valeurs de la personne avec laquelle on veut être en bonne relation ?

Au delà de l'exemple, c'est ce type de réflexion que je vous invite à faire sur les facteurs de motivation introjectée qui motivent vos actions.

En pratique :

Vous pouvez repérer une action réalisée au travail, et commencer à inventorier les facteurs de motivation (voir "tip" #2 et sa mise en pratique).
Si vous découvrez un facteur qui évoque honte, conformité aux normes, statut, image… vous pouvez vous arrêter.

Quelle est la ou les valeurs qui sous-tendent ce facteur de motivation ?
À quel moment de votre vie ces valeurs ont-elles été mises en place ?
À l'époque, quel était l'enjeu de s'y conformer (ou de se rebeller) ? Que pouvait-il se passer si vous aviez ignoré cette valeur ?

Et aujourd'hui, êtes-vous fondamentalement d'accord ?
Que choisissez-vous ? D'adopter cette valeur, parce qu'elle a de la valeur justement ? De ne pas la retenir, parce qu'elle n'a plus tant de valeur que cela ?
Et donc, que pouvez-vous transformer, ajuster dans votre environnement pour vivre davantage en cohérence avec ce à quoi vous adhérez ?

Bonne réflexion créative :-)

Et ensuite ?

Dans le  "Motivation tip" #13, je parlerai de la différence entre faire ce qu'on veut et vouloir ce qu'on fait. Nuance !


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